Rencontres avec les brasseurs bretons (deuxième édition)

Brasseurs bretons

Les micro-brasseries se multiplient, peut-être davantage en Bretagne qu’ailleurs. Nous avons rencontré 13 brasseurs pour un portrait-minute.

Cela se passait à la deuxième édition de la fête des bières bretonnes, le week-end des 20-21 janvier 2018. Une réussite confirmée pour le comité des fêtes de Landrévarzec, commune de moins de 2 000 habitants au nord de Quimper, qui devient ainsi capitale le temps d’un week-end.

Cette fête est aussi un salon des bières bretonnes, avec une bonne vingtaine d’exposants sur les deux jours. Le charme de cette manifestation réside dans les dégustations très variées, et surtout les rencontres et échanges avec ces personnages passionnés et étonnants que sont les brasseurs.

Nous en avons rencontré 13. Les autres (Coreff, La Divatte, La Guernouillette, Da Bep Lec’h, La Dilettante, Terenez, Pied de biche, Le Tonnelier, Skumenn) vous ont déjà été présentés l’an dernier sur Cuisine à l’ouest.

La Paumell

Saint-Ouen La Rouërie en Ille et Vilaine www.brasseriedelapaumell.bzh/

Luc Lepennetier, brasserie de La Paumell

Luc Lepennetier : “Passionné de bière, j’ai vécu au Québec, grande région brassicole. j’ai été initié au brassage là-bas, par un ami. Rentré en Bretagne, j’ai brassé en amateur, j’ai fait des stages. Puis je suis allé me perfectionner au Pérou.
En 2014, j’ai fait mes premiers brassages professionnels.
Au début, je n’ai utilisé que du houblon français. Mais aujourd’hui l’approvisionnement est très difficile pour les petites brasseries. Je me fournis aux USA. Depuis deux ans, je teste la culture de houblon, des variétés adaptées au climat breton. Il faut trois ans pour obtenir une bonne récolte de houblon. J’ai une collègue brasseuse qui cultive son orge, nous allons ensemble faire une bière 100% bretonne !

Je fais six bières toute l’année, uniquement des ales en méthode anglaise. Et je sors tous les deux mois une « bière éphémère ».”

La Folette

Gomené en Côtes d’Armor microbrasseriefollette.fr

Cécile Dutray, brasserie La Folette

Cécile Dutray : “J’ai créé la brasserie en avril dernier. Je fais de la bière en amateur depuis trois ans, suite à des voyages et des contacts avec des microbrasseries. J’ai fait toutes les formations nécessaires.

J’ai la chance d’avoir une maison d’habitation qui est adaptée pour installer une microbrasserie.

Je fais trois sortes de bières : la Folette ambrée, très légère, aux notes de caramel et malt torréfié ; la Folette blonde, une pale ale très fruitée, aux notes d’agrumes ; la Folette IPA, que j’appelle l’amère Folette, une bière dorée, davantage sur l’amertume.”

Brasserie Kerampont BK

Lannion en Côtes d’Armor kerampont.com

Isabelle Métayer, brasserie Kerampont

Isabelle Métayer : “J’ai créé la brasserie il y a deux ans. J’avais envie de fabriquer un produit qui fait plaisir aux gens, qui les rassemble.

On invente tout le temps des recettes, on les fait évoluer. Nous travaillons beaucoup les céréales, le houblon n’est pas forcément dominant dans nos bières. Nous faisons une blonde, une blanche, une ambrée et une porter.
Les recettes évoluent : par exemple, nous avons fait une bière spéciale de Noël ambrée, avec un mélange de céréale un peu élaboré. Elle a beaucoup plu, du coup c’est devenu notre ambrée de base.

Je fais aussi du confit de bière, une recette simple et traditionnelle, avec du sucre, de l’agar-agar et de la bière.”

La Belle Joie

Kervignac (Morbihan) www.labellejoie.fr

Dave Bednarowicz brasserie La Belle Joie

Dave Bednarowicz : “La brasserie existe depuis décembre 2013.

Je fais une blanche, une IPA, une ambrée, une triple, et la Gamme 56 qui est une porter au blé noir. Je propose aussi régulièrement des séries spéciales, comme la « Bed of the narrow witch » (le lit de l’étroite sorcière), un jeu de mot autour de mon nom de famille, une bière au yuzu et poivre de sichuan.

Cette bière est née d’un contact avec un client qui cultive en amateur le yuzu, un agrume asiatique. Dans la discussion, on s’est dit que ce serait intéressant de faire une bière avec ça. Le yuzu est très apprécié en gastronomie, les chefs l’associent toujours au poivre de sichouan. Mon client m’a un jour apporté sa récolte, et la bière est née !”

Brasserie du Baril

Brest en Finistère www.brasseriedubaril.com

Benoît Corre, brasserie du Baril

Benoît Corre : “Nous sommes installés depuis juillet 2015 dans le quartier de Saint-Pierre à Brest.

Après mes études et mes stages en brasseries, en 2005, j’ai cherché du travail, mais à l’époque ça ne recrutait pas dans le monde de la brasserie. J’ai alors fait des petits boulots. J’attendais que quelqu’un crée une brasserie à Brest et recrute… J’ai attendu dix ans ! Et bon, je me suis décidé à le faire. J’ai lancé un financement participatif qui a bien marché, du coup les banques m’ont fait confiance.

Le démarrage a été rapide, le premier brassage de 500 litres est parti en 24 heures ! Sachant qu’il faut un mois et demi pour faire une bière, on a d’urgence multiplié par 4 la capacité de production, puis par 8, et j’ai embauché deux personnes.

Nous sommes toujours la seule brasserie brestoise, mais plus pour longtemps.

Nous faisons une blonde bière de soif, une blanche, la Baril White, un IPA qu’on a baptisé Captain Baril (hommage au capitaine Baril du GIGN), et quatre ou cinq séries limitées par an, comme la Rhubarbe à papa, une infusion de pétioles de rhubarbes sur une bière bien sèche.”

Kerav’ale

Roscoff  en Finistère brasseriekeravale.fr

Jean-Yves Jacob, brasserie Kerav'ale

Jean-Yves Jacob : “Au départ, quel que soit le métier, il faut être passionné. Si on aime ce que l’on fait, on a envie d’aller plus loin. Je suis agriculteur, je fais de la bière depuis 13 ans, avec les céréales que je cultive sur mon exploitation en Bio. Je cultive aussi du houblon, ma houblonnière a 12 ans ! Mais cela ne suffit pas, en Bretagne on ne peut pas gagner sa vie en cultivant du houblon.

Nous produisons de la blonde, de l’ambrée, de la blanche, de la noire et de la stout. Nous avons aussi une gamme de bières spéciales, dont une Barley wine vieillie en fûts de chêne.

Nous faisons aussi du cidre, mais c’est un tout autre métier, cela n’a rien à voir, ce sont pratiquement deux entreprises différentes.”

Voie B

Saint-Pol de Léon en Finistère www.facebook.com/voieb/

Stéphane Gillet, brasserie Voie B

Stéphane Gillet : “C’est notre troisième année. J’ai commencé à brasser pour la paillote que je tiens à Saint-Pol de Léon, sur la plage Sainte-Anne. Petit à petit, les cavistes ont demandé mes bières, j’ai augmenté ma production.

J’ai racheté la gare désaffectée de Saint-Pol de Léon, où j’ai installé la brasserie. Un lieu bien adapté et un peu magique.

Je propose trois bières, une blonde, une ambrée et une noire.
La mode est au houblon, pour ma part je donne davantage d’importance au malt. Cela donne du corps à la bière et ne laisse pas trop de place à l’amertume. On trouve des dizaines de malts différents qui apportent chacun leurs nuances aromatiques.”

An Alarc’h et Tri Martolod

La Feuillée et Concarneau en Finistère www.trimartolod.fr

Xavier Leproust brasserie An Alarc'h

Xavier Leproust : “An Alarc’h a été créée en 1998, Tri Martolod en 2000. Les deux entreprises se sont rapprochées en 2006, les deux sites de productions subsistent, nous sommes 2 à La Feuillée et 18 à Concarneau.

Tri Martolod propose des bières de basse fermentation du type de celles qu’on retrouve en Allemagne, en Tchéquie et dans le Nord de la France. Dans la gamme, on trouve une rousse, une blanche, une blonde, une brune, ainsi qu’une série très houblonnée, dont une enrichie au moût de raisin.

An Alarc’h est plus sur la haute fermentation (type anglaise et belge), qui donne des bières plus charpentées, plus complexes. Nous avons quatre bières de base, ainsi qu’une gamme aromatique au gingembre ou à l’hibiscus, et quelques bières plus maltées.”

Bleizi Du

Morlaix en Finistère www.bleizidu.bzh

David et Vincent, brasserie Bleizi Du

David Prudenzano: “Pendant mes études commerciales, j’ai rencontré Mathieu, patron de Coreff. J’ai trouvé ce milieu de travail génial ! C’est bien sûr un produit qui m’intéressait, qui allie cuisine et chimie.

Avec mon frère Vincent, nous avons créé la brasserie en 2016.

Nous proposons en permanence cinq bières : une blanche, une blonde, une ambrée, une IPA et une stout. Nous y ajoutons des bières spéciales, comme une bière d’Halloween au potiron, ou une cervoise où l’ortie remplace le houblon.

Nous vendons beaucoup sur place, car nous avons une mezzanine qui donne directement sur la brasserie, cela constitue un lieu de vente agréable et pédagogique.

L’objectif est de diffuser sur toute la Bretagne, nous étoffons notre réseau de distributeurs.”

Storlok – Brasserie de Cornouaille

Concarneau en Finistère www.facebook.com/Storlokbeers

Erwan Cadic Brasserie de Cornouaille

Erwan Cadic :“La brasserie a été créée il y a trois ans. Je viens d’un tout autre domaine. Le côté artisanal me manquait. Après trois années de préparation et de stages dans le Nord et en Bretagne, j’ai ouvert en août 2017.

Nous faisons des bières d’inspiration anglo-saxonne, plutôt houblonnées.
Le houblon intervient à deux stades : à la cuisson, puis à la fermentation à froid. Les saveurs sont alors plus fruitées, plus résineuses.

J’utilise en revanche des levures neutres pour laisser s’exprimer le malt.

Nous avons pour le moment quatre bières : une pale ale, une IPA, une ambrée, une blanche aux arômes de banane et de girofle. Nous développerons par la suite les créations.”

Yer Mat

Port-Louis en Morbihan www.yermatbier.fr

Olivier Ernst, brasserie Yer mat

Olivier Ernst : “Je brasse depuis 2014. Je tenais un café, et j’y vendais ma bière sous le nom « La bière du patron ». Depuis 2017, j’ai abandonné le café et lancé la marque Yer Mat.

Dans ma gamme, j’ai en ce moment 7 types de bières, des classiques et des bières plus spéciales, comme celle au rhum ou celle au cari-gosse. Je n’ai pas d’IPA, mais je propose une spéciale bitter qui s’en rapproche. La bitter, c’est un type de bière anglaise, houblonnée, bien fruitée mais pas trop amère. Notre bière de Noël était aux épices : cardamome, anis étoilé, gingembre, cannelle et oranges confites.”

La Mignonne – Brasserie de Trévarn

Saint-Urbain en Finistère www.brasseriedetrevarn.fr

Gwenaël Brunet, brasserie La Mignonne

Gwenaël Brunet : “Un super salon, un public curieux, une organisation au top ! La Mignonne existe depuis bientôt trois ans. C’est à la fois le nom de la rivière qui passe pas très loin de la brasserie, et l’expression typique de Brest, où l’on appelle tout le monde mignonne : « Alors mignonne, comment ça va ? »

Nos bières sont de type anglo-saxon, c’est-à-dire anglais en premier lieu, américain, canadien et australien ensuite. J’utilise un malt d’orge de haute qualité qui vient d’Angleterre. La qualité du produit, c’est important, comme pour un cuistot qui veut faire du bon travail. Je fais des bières plutôt houblonnées.

Je propose une pale ale de type australien : les houblons australiens sont très aromatiques et amérisants, très longs en bouche.

Une irish red ale, typique des pubs irlandais, conviviale, à boire en pinte. Je l’utilise en cuisine, très bonne avec le lapin ou dans la soupe à l’oignon.

Une brune anglaise, plutôt sur le malt, aux arômes de cacao, café et réglisse.

Et j’ai préparé une bière spéciale pour le salon, une ambrée impériale très houblonnée.”

Uncle

Étables-sur-mer en Côtes d’Armor www.brasserie-uncle.com

Benoit et Mathieu, brasserie Uncle

Benoît et Mathieu : “Nous existons depuis 2016. Nous sommes trois associés : Benoît, du restaurant les Cochons flingueurs à Saint-Quay, Mathieu et Benjamin, qui habite à Toronto.

Nous faisons des bières typées anglo-saxonnes, avec un vrai travail sur le houblon. Par exemple, une IPA avec un indice d’amertume élevé, IBU 63, que l’on précise sur l’étiquette. Nous l’appelons Tagarin ale (les Tagarins, ce sont les habitants d’Étables-sur-mer).

Nous avons une gamme de six bières, auxquelles s’ajoute un brassin de saison, sur lequel on se lâche un peu.

Nous avons en ce moment une popup store à Tokyo pour dix jours, dans la crêperie d’un ami qui s’appelle La Maison bretonne. Une vraie fierté, nos bières sont diffusées au Japon !!!”

 

 

 

 

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2 pensées sur “Rencontres avec les brasseurs bretons (deuxième édition)”

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